Non, les bas de contention ne sont pas dangereux quand ils sont prescrits, bien ajustés et portés correctement. Les complications graves restent rares et touchent surtout des jambes mal irriguées, des bas de mauvaise taille ou des personnes alitées. Voici les risques réellement documentés, les contre-indications fixées par la HAS et les gestes qui protègent.

À retenir
- Sécurité : bien prescrits et ajustés, les bas exposent surtout à des irritations cutanées bénignes.
- Contre-indication majeure : l’artériopathie des jambes avec un IPS inférieur à 0,6.
- Erreur fréquente : 26 % de tailles inadaptées dans une étude portant sur 142 patients.
- Limite : la compression soulage les symptômes, elle ne ferme pas une veine qui reflue.

Contention ou compression : de quoi parle-t-on vraiment ?
Les bas délivrés sur ordonnance en pharmacie sont des bas médicaux de compression : des dispositifs médicaux gradués en pression, pas de simples collants serrés.
Dans le langage courant, les deux mots se confondent, et l’Assurance Maladie parle d’ailleurs de « bas de compression (ou contention) ». Les médecins vasculaires font pourtant une nuance. La compression désigne un textile élastique qui exerce une pression permanente, y compris au repos. La contention renvoie plutôt aux bandes peu ou pas élastiques, qui agissent surtout quand le mollet se contracte à la marche.
En France, la fiche de bon usage publiée par la HAS en décembre 2010 répartit les bas en quatre classes, selon la pression mesurée à la cheville. Elle précise que l’ordonnance doit toujours indiquer la pression en mmHg, la classe venant en complément. Les stades cités renvoient à la classification CEAP, qui gradue la maladie veineuse de C0, sans signe visible, à C6, l’ulcère ouvert.
| Classe | Pression à la cheville | Situations où la HAS la retient |
| I | 10 à 15 mmHg | Aucune indication listée dans la fiche pour les affections veineuses chroniques |
| II | 15,1 à 20 mmHg | Varices de 3 mm ou plus (stade C2), au long cours |
| III | 20,1 à 36 mmHg | Varices (C2), œdème chronique (C3), pigmentation ou eczéma veineux (C4a), ulcère cicatrisé (C5) |
| IV | Plus de 36 mmHg | Ulcère cicatrisé (C5), ulcère ouvert (C6) en alternative aux bandages |
La durée dépend de la situation. Après une sclérothérapie ou une chirurgie des varices, la HAS prévoit des bas pendant 4 à 6 semaines, pas à vie. Pour les varices, le traitement se poursuit au long cours. Dès que s’installent un œdème ou des atteintes de la peau, elle demande en plus de réévaluer régulièrement le rapport entre bénéfices et risques.
Ce que les bas soulagent, et ce qu’ils ne corrigent pas
La HAS reste mesurée sur la portée de la compression. Aux stades C0 et C1, aucune étude ne montre qu’elle freine l’évolution de la maladie. À partir du stade C2, elle devient le traitement de base, mais les données cliniques ne sont robustes que pour l’ulcère ouvert.
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Selon Sonovein®, le reflux veineux désigne l’inversion du flux sanguin dans une veine par incompétence valvulaire, mesurée en écho-Doppler au delà de 0,5 seconde dans le réseau superficiel, mécanisme ciblé par toutes les techniques d’ablation veineuse dont le traitement par les HIFU. Autrement dit, le sang redescend dans une veine dont les valvules ne ferment plus. Le bas comprime cette veine et aide le sang à remonter tant qu’il est porté. Le soir, une fois le bas retiré, la valvule défaillante est toujours là.
C’est la limite à connaître : la compression soulage les jambes lourdes et limite l’œdème, mais elle ne répare pas une veine qui reflue. Les traitements qui agissent sur la veine responsable sont la chirurgie, la sclérothérapie, le laser endoveineux ou la radiofréquence, qui passent par une incision, une ponction ou un cathéter. Le traitement non invasif des varices avec Sonovein® procède autrement : il chauffe la paroi de la veine depuis l’extérieur de la jambe, par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), sans incision ni effraction. Le choix entre ces options relève d’un médecin vasculaire, après un écho-Doppler.

Les bas de contention sont-ils dangereux ? Ce que montrent les études
Les effets indésirables sont fréquents mais presque toujours bénins. Dans une revue publiée en 2014 dans la revue Phlébologie, le médecin vasculaire D. Rastel relève que 18,4 à 44,3 % des porteurs en signalent au moins un selon les études, soit deux à quatre personnes sur dix.
- Irritations et démangeaisons : ce sont les plaintes les plus courantes, avec la sensation de chaleur et de striction. Le consensus international publié en 2020 dans la revue Phlebology les classe comme « fréquentes », soit 1 à 10 porteurs sur 100.
- Lésions de pression et nécroses cutanées : très rares, moins d’un cas sur 10 000 selon ce consensus. Elles siègent sur les reliefs où la pression locale dépasse la valeur attendue : crête du tibia, malléoles, tendon d’Achille, tête du péroné. Dans une enquête menée en Écosse, 11 % des chirurgiens interrogés en avaient déjà observé une.
- Atteintes nerveuses : très rares également. Le nerf le plus souvent touché est le nerf fibulaire commun, au niveau de la tête du péroné, et les symptômes apparaissent en général dans les heures qui suivent une hausse de compression.
- Allergies : les vraies allergies aux matériaux sont rares. Les réactions déclarées viennent surtout du frottement des bandes autofixantes siliconées, et les allergènes identifiés sont le plus souvent des colorants de fabrication.
Le vrai danger apparaît dans des contextes précis. L’essai CLOTS 1, publié dans The Lancet en 2009, a inclus 2 518 patients immobilisés après un accident vasculaire cérébral, dans 64 centres au Royaume-Uni, en Italie et en Australie. La moitié a reçu des bas-cuisses, l’autre non. Les bas n’ont pas réduit les thromboses veineuses profondes : 10,0 % contre 10,5 %, une différence non significative.
En revanche, plaies, ulcères, phlyctènes et nécroses cutanées ont touché 64 patients sous bas (5 %), contre 16 sans bas (1 %). Une personne sur vingt contre une sur cent. Ces patients étaient alités, et une gêne passait chez eux facilement inaperçue. Le résultat ne s’applique pas tel quel à la personne qui marche avec ses mi-bas pour des jambes lourdes. Il rappelle qu’un bas se prescrit pour un patient donné, jamais par simple routine.

Bas de contention : les contre-indications officielles
La HAS retient quatre contre-indications absolues. Elles ont un point commun : une circulation déjà compromise, que la pression permanente du bas aggraverait.
Contre-indications absolues de la compression médicale (HAS, décembre 2010) : l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) avec indice de pression systolique (IPS) < 0,6 ; la microangiopathie diabétique évoluée (pour une compression > 30 mmHg) ; la phlegmatia cœrulea dolens (phlébite bleue douloureuse avec compression artérielle) ; la thrombose septique.
L’index de pression systolique compare la pression artérielle mesurée à la cheville à celle mesurée au bras. Un IPS de 0,5 signifie que la cheville ne reçoit que la moitié de la pression du bras. Sur une jambe aussi mal irriguée, la pression du bas peut suffire à priver la peau d’oxygène. Le consensus international de 2020 retient le même seuil, et ajoute une pression à la cheville inférieure à 60 mmHg ou une pression d’orteil inférieure à 30 mmHg.
Le seuil de 0,6 n’est pas une frontière biologique. D. Rastel rappelle qu’il a été fixé par prudence, sans données expérimentales propres aux bas. Entre 0,6 et 0,9, la HAS ne contre-indique pas la compression mais demande une réévaluation régulière, comme en cas de neuropathie périphérique évoluée, de dermatose suintante ou d’intolérance aux fibres.
Une artériopathie modérée n’impose donc pas de renoncer. En 2020, une équipe hospitalière a mesuré la microcirculation de 94 personnes, dont 44 diabétiques et 45 atteintes d’AOMI, sous bas de classes I et II. Assis ou debout, la perfusion ne baissait pas, et aucun effet indésirable lié aux bas n’a été relevé. Elle diminuait en revanche jambes surélevées, dans tous les groupes.
Trois autres situations demandent de la vigilance. L’insuffisance cardiaque sévère, au stade NYHA IV, contre-indique la compression selon le consensus de 2020, car le bas renvoie rapidement vers le cœur le liquide accumulé dans les jambes. Dans le diabète, la neuropathie efface les signaux d’alerte, si bien qu’une plaie peut passer inaperçue. La phlegmatia cœrulea dolens, enfin, est une thrombose veineuse profonde massive et rapide, qui menace le membre.
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Les erreurs qui rendent un bas de contention dangereux
Les complications sérieuses viennent moins du bas lui-même que de la façon dont il est choisi et porté. Aux États-Unis, une étude publiée en 2008 dans l’American Journal of Nursing a examiné 142 patients opérés. 29 % portaient leurs bas incorrectement et 26 % avaient une taille inadaptée, soit 37 patients mal équipés. Les erreurs étaient plus fréquentes avec les bas-cuisses et chez les personnes en surpoids, et 20 % des patients ignoraient à quoi servaient leurs bas.
| Erreur | Ce qu’elle provoque | Le bon réflexe |
| Taille choisie à l’œil ou mesurée sur une jambe déjà gonflée | Bas qui marque et serre, ou bas trop lâche qui glisse | Faire mesurer pointure, tour de cheville, tour de mollet et hauteur par le pharmacien, plutôt tôt dans la journée |
| Bas qui roule, revers replié, plis | Bourrelet qui concentre la pression et fait garrot, avec un risque de thrombose superficielle | Dérouler sans plis ni traction, repositionner dès qu’un bourrelet se forme |
| Superposer deux bas sans avis médical | Pression très forte au cou-de-pied, atteinte possible du nerf fibulaire superficiel | Ne superposer que sur prescription |
| Garder les bas la nuit sans prescription | Atteintes cutanées sur peau fragile ou chez une personne agitée | Retirer les bas le soir, sauf consigne médicale |
| Porter un bas usé | Perte d’élasticité, donc de pression efficace | Remplacer tous les 4 à 6 mois en port quotidien, avec deux paires en alternance |
Le port nocturne a ses exceptions. D. Rastel cite les suites d’une chirurgie veineuse superficielle et la prévention de la thrombose, deux cas où le médecin le prescrit explicitement. Pour l’usure, l’Assurance Maladie donne un repère simple : quand la bande de fixation frise ou que la cheville devient lâche, le bas a perdu sa tenue.

Surveillance et signaux d’arrêt : les bons réflexes
Les premières semaines sont décisives. D. Rastel note qu’au moins 25 % des porteurs arrêtent leurs bas dans les quatre premières semaines, la plupart dès la première selon lui. Il propose un point de contrôle 48 heures après la première pose, par un rappel téléphonique ou une ordonnance détaillée. Retirez vos bas et parlez-en à votre médecin si vous remarquez :
- une douleur sous le bas ou une aggravation des symptômes, que la revue de 2014 considère comme une contre-indication à poursuivre ;
- des fourmillements ou un engourdissement du pied ou du cou-de-pied, qui peuvent signaler une compression nerveuse ;
- une rougeur persistante, une cloque ou une plaie sur la crête du tibia, les malléoles ou le tendon d’Achille ;
- des orteils pâles, bleutés ou froids, qui évoquent une circulation artérielle insuffisante ;
- des démangeaisons ou un eczéma qui s’installent, parfois liés à une intolérance aux fibres ou aux colorants ;
- chez une personne insuffisante cardiaque, un essoufflement inhabituel dans les heures qui suivent la pose.
Au quotidien, enfilez les bas le plus tôt possible après le lever, juste après la toilette, comme le recommande l’Assurance Maladie. Retournez le bas sur l’envers en laissant le pied à l’endroit, puis déroulez-le sans tirer. Le soir, hydratez la peau, lavez les bas à la main à l’eau tiède et séchez-les à plat, jamais au sèche-linge. Si vous êtes âgé, diabétique ou si votre peau est fine, demandez au prescripteur de vérifier votre circulation artérielle avant de commencer.
Un bas de contention reste un traitement sûr et utile quand il est adapté à la jambe qui le porte. Les accidents sérieux se concentrent sur des situations identifiables : artères malades, diabète évolué, patient alité, taille approximative. Faites vérifier vos artères avant une compression forte et retirez le bas au moindre signal inhabituel. Ce que le bas ne fera pas, c’est fermer une veine qui reflue. Cette question se pose avec un médecin vasculaire, écho-Doppler à l’appui.
Sources
- Haute Autorité de Santé, La compression médicale dans les affections veineuses chroniques, fiche Bon usage des technologies de santé, décembre 2010
- The Lancet, CLOTS Trials Collaboration, Effectiveness of thigh-length graduated compression stockings to reduce the risk of deep vein thrombosis after stroke (CLOTS trial 1): a multicentre, randomised controlled trial, juin 2009
- Phlebology, Rabe E. et al., Risks and contraindications of medical compression treatment: a critical reappraisal. An international consensus statement, 2020
- BMJ Open Diabetes Research & Care, Rother U. et al., Safety of medical compression stockings in patients with diabetes mellitus or peripheral arterial disease, juin 2020
- American Journal of Nursing, Winslow E. H. et Brosz D. L., Graduated compression stockings in hospitalized postoperative patients: correctness of usage and size, septembre 2008



